Rue de l’Orb
- crosjacques2
- 3 mars 2023
- 3 min de lecture
Paul Van Beek cet Hollandais, sociologue de formation, qui a acheté il y a quelques années une maison dans la rue de l’Orb à Cessenon, a fait une étude sur cette rue. Sa maison est au N° 3 et avait celle de Léon Sanche, de Rose Sanche sa mère et de Félix Lagouna, le compagnon de celle-ci. Il y effectue assez souvent des séjours avec son épouse.
C’est une rue que je connais bien puisque j’y ai habité pendant mon enfance. Nous y avions aménagé en 1944 et mes parents y ont vécu jusqu’à la fin de leur existence. Ils avaient acheté la demeure où ils logeaient à un marchand de bois. Elle leur avait coûté 11 000 francs. Elle appartient aujourd’hui à mon neveu. Elle est au N° 11.
Monsieur Van Beek a consulté les archives pour connaître ceux qui avaient habité ici. Jusqu’en 1968 la rue n’avait pas de nom particulier. Elle faisait partie du Barri d’Orb désigné de manière péjorative par le terme les Rues Basses. Avec le quartier du Château c’est le cœur historique du village.
En fait c’était une impasse limitée ver le nord par un rempart qui protégeait Cessenon de l’Orb et de ses crues Un rempart qui avait succédé à un précédent qui défendait le village des attaques dont il pouvait être l’objet. Ce premier rempart avait été emporté par une crue et l’espace ainsi dégagé avait vu la construction de maisons et la culture de jardins sur la rive droite du fleuve.
Le deuxième rempart avait été réalisé pour permettre le passage de la voie de chemin de fer d’intérêt local qui reliait Cessenon à Saint-Chinian. Le terminus de la ligne avait été atteint en 1887 sot dix ans après qu’elle ait desservi Cessenon.
Paul Van Beek a relevé quels matériaux avaient été utilisé pour la construction des maisons de la rue de l’Orb. Cela a pu évoluer mais il me semble que ce qui a longtemps dominé ce sont les frejals, un terme occitan qui désigne les galets de rivière.
En général l’appartement proprement dit était au premier. Au rez-de-chaussée il y avait ce qu’en français méridional on appelle un magasin. C'est-à-dire en fait une remise ou une cave. Dans plusieurs on trouve une cuve qui date d’avant l’existence de la cave coopérative qui avait été mise en service en 1937.
La prospérité viticole qu’on avait connue dans la deuxième moitié du 19ème siècle avait vu Cessenon s’étendre en dehors de ses rempart. Après les quartiers des Tendes, de la rue de la Source, des Aires, cela avait été le tour de la route de Béziers et le secteur autour de la gare. Il y a aujourd’hui divers lotissements.
Les Rues Basses étaient l’habitat de gens de conditions modestes. Mais c’était quand même un degré au dessus des baraques, la cité ouvrière de la tuilerie. Notre sociologue a identifié la nationalité et la profession des résidents de la rue de l’Orb. C’étaient majoritairement des Espagnols ou des Andorrans, la plupart ouvriers agricoles.
Il n’y avait que deux familles françaises celle de Bascoul à l’entrée de la rue et la mienne. On a connu un Polonais, un Italien, un Vietnamien, un Maghrébin. On a eu parmi les résidents des ouvriers de la tuilerie, de la carrière de marbre, dans le prolongement des mineurs, de la mine de lignite ou du site d’exploitation de la bauxite.
Les maisons ont pu être divisées ou regroupées au gré des successions. Les greniers ont parfois été aménagés en chambres. Quelques-unes se sont ainsi agrandies pour communiquer avec la rue du Bac. Jusque dans la deuxième moitié du XX° siècle elles ne disposaient en général ni de salle d’eau ni de cabinet de toilette. A l’étage le sol était le plus souvent fait de pavés de terre cuite d’une couleur allant du rouge au rose pâle.
Nous avons eu plaisir à prendre connaissance du travail de notre ami hollandais. Il ne reste que deux maisons habitées en permanence dans la rue laquelle se termine à présent par un escalier par lequel on accède au Boulevard de l’Orb où a passé le train jusqu’en 1968. C’est tout un monde qui a disparu !




Commentaires